04/01/08

Vol aux Instruments en Paramoteur en Afrique Australe

En expédition de repérage en Namibie et en Angola, j’ai eu envie revoir d’en haut. la zone cotiére du desert de Namib dans laquelle j’etais passé mal de fois mais ou jamais je n’avais sorti mon paramoteur. Mysterieuse et inquietante, balayée par des vents puissants, elle est aussi en casi permanence noye dans le brouillard, surtout en cette saison, ce qui en rend l’approche un peu compliquée. Quelques informations d’un ami pilote de Cessna qui possede un lodge dans le nord du pays m’eclairent un peu sur les possibilités “aéronautiques" de cette partie du pays..

Nous voyageons ma compagne et moi avec un seul 4x4, lourdement chargé ,en autonomie totale.Sans “back-up” possible, le coefficient de sécurité a appliquer est loin d’etre nègligeable surtout dans une zone totalement inhabitée dans laquelle les distances sont considérables. L’accident est exclu, la panne mécanique doit étre solutionnée avec les moyens du bord, et les precautions d’usages doivent ètre prises pour èviter les problémes avec les bestioles diverses (petites ou grandes) qui pullulent dans la region, et ne parlons pas des precautions a prendre pour voler en paramoteur en toute sécurité.
A une centaine de kilometre a l’interieur des terres, en plein désert, nous suivons le lit d’une riviere assechee, dans le sable mou, en direction de l’ocean, depuis une bonne heure. Celle-ci serpente au fond d une vallee encaissee, ou les montagnes de roches rouges si caracteristiques, nous interdisent toute forme de vol. Qui plus est, le vent est tres fort, meme si la temperature est fraiche. De nombreux oryx détallent dans tous les sens et, tout d un coup, le defilé s’ouvre sur une vallee large de deux ou trois kilometres, enclavee au milieu des montagnes comme une invitation au décollage.., un arbre, enorme, au Beau milieu de la riviere, dont les branches les plus basses ont ete arrachees par des elephants, m’inspire. L’endroit est propice. Il faut etre prudent, car si la plupart du temps ces rivieres semblent “hors service”, l’eau peut y arriver a toute vitesse et, en vuelques minutes, monter a un niveau suffisant pour tout emporter. En particulier si il se met a pleuvoir a des centaines de kilometres de la. Il faut savoir quand on peut aller mettre ses roues sans risque dans ce piege potentiel.
Chaleur et mouches sont au programme en milieu de journée. Colline de pierres a droite et a gauche, mais deux ou trois cent metres de distance seulement pour monter sur le plateau, pour retrouver un endroit bien plat et degagé, qui parait face au vent dominant. J’attend patiemment fin du jour, afin de voir si un petit vol est possible, le soir.
Le vent se calme.
Decollage 45 mn avant le coucher du soleil, paysage fantastique au milieu des montagnes, mais air tres agite, il y a encore du vent en altitude et je suis au milieu de turbulences pas tres sympatiques. Vuelques photos vite fait, et je decide de ne pas tenter plus le diable. Apres deux fermetures de la voile, je decide d’abreger le vol.
Au petit matin, il y a un brouillard a couper au couteau, avec moins de 10m de visibilite. Imposible de decoller. Alors que nous prenons le petit dejeuner, au travers du brouillard qui commence a devenir moins opaque, un troupeau d’une dizaine d’élephants apparait a quelques deux ou trois cent metres de nous. Magique!
On est contre le vent et il ne nous sentent pas. J’attrape mon appareil photo, et je file grimper sur la colline en face afin d avoir LE spot. Au milieu des rochers, je monte sans bruit jusqu’au sommet. Je stoppe brusquement avant la cime, derriere un cactus car avant j’entend brusquement un feulement caractéristique.
Adrenaline : lion ou leopard? Les deux peuplent la zone, et aiment bien comme nous autres pilotes, avoir de la hauteur Je ne sais pas si il m a senti ou entendu, ,mais je commence a reculer lentement, ce qui , en descente au milieu des rochers n est pas si simple. J ai bien mon pistolet lance fusee en main, mais je sais bien que si l’animal me veux du bien, je risque de passer un sale quart d’heure.
Il est dit qu’il ne faut pas tourner le dos a un lion, ou se mettre a courir, sinon, on est consideré comme proie. ..
Et je descend jusqu au pied de la colline, en m'attendant a tout moment a le voir foncer sur moi. Et puis non, il a du avoir aussi peur que moi.
Je me jure de parvenir a voler au dessus de la couche, le lendemain matin.
nous changeons d’endroit pour venir se positionner au milieu de la plaine, sous l’unique arbre au pied duquel on trouve des restes d’impalas et des traces de lions(encore). A part quelques autruches au loin, le coin est vraiment tranquile.
Lever du jour, 6h, tout est prêt. Je vois au loin le brouillard dans le lit de la rivière, a quelques kilometres, et par chance, en dessus de moi le ciel est encore degage. J’en profite pour aligner deux points au gps sur une zone sans obstacles, et mesurer l’altitude au cas ou. Vent 0, altitude 900m metres , ma Dakota en corolle, je demarre mon backbone, un peu d’énergie (dur, de bon matin, mais tout est question de motivation)deco en sous vitesse debout sur les freins, et hop, je monte rapidement. Froid, ce matin..
Le soleil commence a eclairer les montagnes juste au dessus du broullard : c'est un moment rare. Je suis le premier a voler ici, c est absolument sur!
je me fais une bonne heure de vol, en recherchant au travers des trous dans les nuages mes amis les éléphants , mais sans trop de succès compte tenu de l’altitude et de la visibilité . Dans l’euphorie du moment , le nez appuyé sur mon Nikon, je ne vois pas que peu a peu la nappe de brouillard a recouvert le paysage au dessous de mes pieds.
il me faudra traverser la couche pour atterir.
On y va pour un aterrissage en IFR. Cent cinquante metres de brume epaisse a traverser sans visibilite, ca veut dire tout faire a l altimetre et au gps; pour trouver la direction du vent qui s est levé, poser au bon endroit sans tomber dans les rochers ou un arbre, et arriver a la bonne altitude. Je ne vois le sol que lorsque j’en suis a moins de cinq metres, le nez sur les instruments, et j ai juste le temps d’arrondir… chaud.
La puree de pois est tellement dense que je dois faire les trois cent metres a pied jusqu’au 4x4 a l’aide du gps, et que je l’appercois seulement lorsque je suis dessus.
Ma femme etait un peu inquiète, et je la comprend..Experience incroyable.

Quelques jours plus tard, nous sommes en bordure du desert de namib, au bord de l'Ocean Atlantique.La meteo est compliquee, sur le litoral depuis quelques jours, avec des vents violents en mi journée. J ai dans l’idée de rejoindre une lagune au pied de dunes géantes a quelque cinquante kilometres de la piste principale. Nous partons sur les cinq heures du matin, a marée basse, dans une puree de pois totale, avec dans l’idee d’arriver sur le site avant que le vent commence a soufler, et si le brouillard veux bien se dissiper. C’est complique, car la marée remonte assez loin et le sable est souvent gorgé d’eau. Je me plante deux fois, car le 4x4 est tres lourdement chargé, ce qui le pénalise dans les situations extrèmes, dans un sable qui parait “normal”, c est en fait de la boue qui colle et littérallement aspire le vehicule vers le bas. Paradoxalement, contrairement aux regles habituelles, lorsqu’on est planté de la sorte, plus on degage le dessous du vehicule, et plus celui ci descend…et devient difficile a sortir. La brume se léve, et on commence a attaquer des dunettes de sable tres tres mou. Le pire qui soit, car on melange sable mou dans la montée, et gluant gorgè d’eau entre les dunes. Peu de traces de vehicules dans le coin et les images satellites utilisées avant de venir ne sont pas de grande utilité.
Le long de la cote il y a des milliers de phoques, et un, tout seul en plein milieu de notre chemin, nous regarde passer comme on regarde passer un train.. On dirait qui’il rigole de voir le 4x4 peiner dans le sable . Arrivee au pied des dunes géantes.
Dunes de deux a trois cent metres de hauteur, avec le bord qui touche l’ocèan. Waouh!
Par contre, mème si j avais calculé d’arriver ici a marée basse pour pouvoir passer, entre les dunes et l’océan, maintenant c est imposible, a peine deux ou trois metres de large de pasage possible. Seul moyen pour couvrir les quinze kilometres, qui restent le faire en vol.
Il est sept heures, il fair jour, le brouillard est parti et il y a juste une toute petite brise bien orientée. J’aide Marie Carmen a decoller, et je pars juste après elle. J’avais oublié comme c’est facile, le paramoteur, en bord de mer! Quel spectacle! Les dunes, sous les couleurs du matin, d’un jaune orange tres photogénique sont gigantesques et c est le terrain de jeu ideal! Au loin ciel et sable se rejoignent dans un degrade etrange, le brouillard n’est jamais loin..mefiance
On longe les grandes dunes en soaring essayant de tirer jusqu’a la lagune qu’on commence a appercevoir. On survole un chacal qui s’enfuit en ne demandant pas son reste. Le vent en hauteur est assez fort meme si il est bien laminaire..
Apres une heure de vol. Je commence a sentir le brouillard revenir. Retour imposé. Si je peut gerer un aterrisage dans la couche, c’est absolument exclu Pour Ma femme et puis ici, en plus du sable il y a beaucoup d’eau..
Cinq minutes apres s’etre posé, le brouillard nous retombe dessus. Il était temps!. J avais dans l’idée de faire les cinquantes kilometres de retour en vol, mais ce sera pour une prochaine fois.
Contrairement au reste du continent noir, ce qui frappe au premier abord dans la majorité des pays d’afrique australe, est le peu de population que l'on y rencontre. Dans un sens, cela rend le voyage plus tranquile, dans un autre, la difficulté et les risques liés aux Deserts sont des parametres biens reels. Nous sommes bien loin du sahara ou on rencontre presque toujours un autochntone en mobylette au detour d’une dune.

Northern Namibia, Kaokoland

Kaokoland, a tough region located in north western Namibia – that reach Angolan border – despite a difficult access, is one of the most impressive desert area on the African Continent. Here, there are no human beings, the conditions are so harsh for him to settle in a permanent way. in this area, roam in total freedom, Deserts elephants and a rich wildlife adapted to the hostile environment.
The Objective of the expedition I’m leading is to explore from the air, with our strange machines this so particular zone and its surrealist landscapes and colours.

In the bush for two weeks, I head up north. Behind me the 2 others 4WD of the expedition follows. The Progress is quite slow as the vehicles are heavily loaded, each with all that guarantee full autonomy for peoples and machines: 200 litres diesel, 100 petrol for the PPG ,100l water, food, tools and spares.

For a week wildlife abounds, even if we do not cross any protected areas. Oryx, giraffes, springbok, zebras run away when we approach
The Night is favourable for close-contacts and it is not unusual, as everybody is under his tent, to have the visit a “big cat” or a hyena seeking for some food. We left the elephants area for couples of days; these big guys are not visiting us for breakfast any more.
We follow for a while the dry riverbed that reach the ocean and its ice-cold waters cooled down by the Benguela stream.
The riverbed cross the basalt mountain, and go down gorges deeper and deeper, surrounded by high cliffs of over 600 feet now. Again deep sand driving, temperature drop from over 40C down to 20C because of the Ocean relative proximity.
One problem is that the place is really narrow, but after a while, I spot a long straight stretch, well oriented, where, if we are lucky, we could have perfect small front breeze tomorrow morning.
Sunrise, no wind, soft sand.
We take off. After few minutes I’m above the canyon admiring the immensity. Endless black mountains around the canyon, and after 10 miles heading to the ocean, we fly over a fantastic blend of yellow dunes and rocks chaos that shows, with harsh shapes that water flows sometime.
And incredible 2 hours flight.
Landing before winds blows up, nearby the only palm tree where we settle-up the camp.

Other place, other moment, hundreds of miles away. A desolated rocky plateau, with its breathtaking contrasts. Today winds are quite calm, and this is the right moment to take my Swedish Friend Birger for a Tandem Ride. So far conditions were not fine for it.
What an experience to do first PPG flight here!

Next Morning flight, alone, winds 0, 3000feet altitude, rocky ground with light slope up, i take off, my light and powerful Reliable Backbone PPG kicking me up in the air in seconds.
It’s so easy to go much faster than the 4WD that slowly goes over the sharp rocks. After a while I’m away flying 15 miles from the camp, the others staying asleep (what a mistake..)this morning.
What scenery with grey and blacks rocks and shaded sands. 2 hours of pure happiness.
During this season, flying is only possible early morning during 2 hours , before strong winds takes off , and just 1 hour before sunset if we are lucky.
We cross, afterwards, a desolated plain, where only some Oryx roams. Progression is tough. sands all over everything and oblige us driving with low pressure in tyres moving less than 10 miles/h again, fuel consumption raising up to 30L/100km.
Another dramatic scenery change. Going along, now a giant sand see, impassable wall, that started over 600 miles south, and that we just grazed so far.
Sand is everywhere. The lasts miles up to the Cunene River (that with is one of the only two permanent watercourse in Namibia), are difficult as the sand is deeper and deeper and we get stuck several times. We have to stop 2 miles from the river, on the edge of the sand see. Our campsite is absolutely surrealist, dunes go down to the river 1500 feet lowers in steeply slopes. It s not difficult to go downhill, the final dune is 1200 feet high an is almost vertical!, problem is more to go back!
Happiness of a bath in the clears water of the Cunene, in a croc-free dead end – as the Cunene is well knowned for its waters infested by aggressive crocodiles. a good bath afters quite a long time in the bush is not bad.
Other briefing around the fire about the “flight plan” and the precautions for the next flight. Here, improvisation must be controlled and pilots must have clear that all minor incident could have dramatic consequences, due to extreme remoteness.
The Morning after, conditions are perfect for take off. Apart of a weak wind that turned 180 degrees and obliged us for taking off way up in sand! Fortunately we are only 1500 feet altitude.
Endless at the horizon, the gold sand dunes reaches the sky playing with a thin fog coming from the ocean. wow!
I meet several Oryx in the middle of the dunes, and I descent down the river with the others pilots.
Amazing vision, contrast between the golden sand sea and the black basalt mountains of Angola. We fly down the river for 10 miles, overlooking wide rapids and huges waterfalls.
Ground access with a vehicle is impossible, we try not to think about what could happen if we have to walk back to the camp with the PPG and the wing on the back. Even if I always have the emergency equipment (VHF, GPS, flares, survival blanket, water, knife, lamp..) this could be dire situation to manage.

After couples of days spent here, petrol and water supply start to be low level, it is time to go back.

We have to cross a mountain chain, driving low range, with multiples punctures on sharp rocks, during two days before reaching the inhabited HIMBA zone above the escarpment.

There is almost a frontier formed by this huge escarpment of 120 miles long north to south. Natural filter, this only leave an access to west at few peoples that are well prepared.
By the east, other side, some traditional Himba settlements, and so, almost no wildlife as the combination of human being and wildlife never worked well
Commercial Adventure Tourism visiting wild Namibia in general, stays around in eastern part, never going further.
The pot-holed piste that cross Himba country reach a gravel road and at the end Opuwo. Himba country Capital.
Here man can refuel.
Today, it is not anymore the Opuwo I knew early 90`s . just after the end of the war between South African Army and Cuban troops based in Angola.
When the unique manual petrol pump was almost always empty, and when the town was only couples of huts and the general store where beautiful traditional dressed Himba women came to buy basics supplies.
Today the mobile phone network reaches opuwo, Fortunately outside the town it does not work

voyage of exception, with fantastic flight sites and an exceptional and exclusive wilderness. I travelled several time in the region and this is, one of the last place in Africa, and probably in the world, where the word Wild, still have a sense,
The Wild Africa, how it could be from beginning

17/05/07

Namibie, Damaraland

Le Damaraland, est une region aride et désertique de Namibie. Située au nord ouest du pays, c'est une zone inhospitalière s’étend avec le kaokoland jusqu’à la frontière avec l’Angola. L’expédition nous proménera a la fin de la saison sèche dans cette zone immense et totalement inhabitée

Windhoek, la capitale, ville étrange a la connotation et l’organisation allemande qui tranche tant avec la vision de l’Afrique avec un grand A. Ici on trouve des « Bierstube » et « Biergarten », un Ordre et une propreté germanique qui sonne faux.
Apres avoir , montés les Paramoteurs Backbone et organisé la logistique. Nous voila parti en direction du nord, pour une d'expédition que je guiderai dans le bush Namibien. M'accompagne mon ami Thierry Simonet : le sympatique fabricant des paramoteurs Backbone toujours friand de venir promener son paramoteur dans les endroits spéciaux quand il est disponible, Paco Escolar :instructeur paramoteur Espagnol est lui aussi de la partie pour me donner un coup de main. Les véhicules ont cent soixante litres de carburant qui leur confèrent les mille kilomètres d’autonomie qui seront théoriquement nécessaire. La première journée de route nous mène dans le Damaraland, ou nous plantons le premier camp. Le temps est parfait, la température autour des quarante degrés. Je trouve, sur le contrefort d’une colline un site de camping parfait, terre rouge, rochers ronds, vue panoramique sur la montagne du Brandberg.
Le vent souffle fort, impossible de voler ce soir. Mais je suis prêt pour demain matin. Apres cette première veillée autour du feu, nous attendons l’aube avec impatience. Le matin, debout a six heures. Les conditions sont compliquées. Le vent, très faible, a décidé de nous casser les pieds et a changé de sens à cent quatre vingt degrés, il faut décoller dans le sens de la montée, et au milieu des cailloux. Le lever du soleil sur le Brandberg donne une teinte ocre absolument fantastique. Je monte a plus de mille mètres pour profiter du paysage pour un vol d’une bonne heure et demie. Les autres me rejoignent un peu tardivement, mais tout de même..
Apres avoir repris la route, nous quittons la piste principale pour attaquer les chemins secondaires(!). Très rocailleux et cassante, la piste oblige a évoluer a moins de vingt km/h a travers un paysage lunaire de basalte noir et de sable. Un paysage typique du Damaraland avec ses contrastes noir et rouge. Nous traversons le lit d'une premiere rivière asséchée .Premières traces d’éléphants, premières gazelles, premières girafes. La seule végétation est là et seulement là. Le reste n’est que roche brûlée par le soleil. Le vent souffle en rafales. Et puis nous sortons d’une gorge que nous suivons depuis une cinquantaine de kilomètres. Montagnes ocres et jaunes en plateaux, sol rouge, jaune avec des dégradés et parsemés de pierres volcaniques couleur de feu. Toujours aucune végétation. J’arrête une dizaine de kilomètres après avoir traverse la deuxième rivière , encore des traces d’animaux. En quittant la piste afin de trouver LE spot de camping, c’est un véritable champ de roches, broyeur de pneus, avec des blocs aux coins acérées de vingt centimètres de diamètre que nous traversons au pas. Le panorama a partir du camp est grandiose, on surplombe la vallée et au loin on apercoit la rivière et ses zones vertes qui paraissent être des champs cultivés(mais qui ne le sont pas !) Le thermomètre flirte avec les trente cinq degrés en permanence. Ce soir, tout le monde s’affaire sur les paramoteurs. La motivation est la.
Six heures du matin, pas un brin de vent, mille cent mètres d’altitude je me jette dans la sellette, un coup sur le lanceur de mon Backbone qui démarre du premier coup, et après une course au milieu des rochers, cailloux et des ornières, je me retrouve en l’air, suivi des autres qui me rejoignent une bonne heure après. D’ici, c est facile de rejoindre la rivière et de la suivre son lit a dix mètres d’altitude. Je débusque quelques oryx, et springbok qui cherchent à se cacher sous les arbres. Je frôle le haut des montagnes en plateau couvertes par endroits, de sable jaune vif. Le vent commence à devenir un peu trop fort. Retour au camp après une ballade de deux heures. Mes amis piétons m’envient, et cela se voit ! La journée sera nécessaire afin de sortir de la Vallée et de rejoindre une piste principale.Apres une ravitaillement en essence a la seule station service en direction du Kaokoland, bifurcation vers une série série de gorges qui traversent une chaîne de montagnes abruptes. La piste, très poussiéreuse, suit le lit de la rivière asséchée, elle aussi. Premiers éléphants surpris qui détalent à notre approche. Je recherche la sortie des gorges, afin de trouver l’endroit propice pour camper, et surtout pour voler. Quelques trente kilomètres après la sortie des gorges, la rivière serpente et se coupe en nombreux méandres. L’orientation est plus compliquée et mes cartes militaires sont nécessaires pour trouver la sortie. Je roule, en seconde courte sans s’arrêter pour ne pas m’ensabler, et on surprend de nombreux oryx qui détalent au dernier moment, a quelques mètres de nous. Il a fallu abaisser la pression des pneus a moins de un bar sous peine de se planter en permanence. Impossible de monter sur les berges de la rivière qui font bien sept ou huit mètres de haut ici. Ce soir, nous camperons dans son lit. Pourvu qu il ne pleuve pas. Nous sommes a la limite avant la saison des pluies, et si cela arrivait, même a plus de cent kilomètres en amont nous risquons d’avoir une mauvaise surprise cette nuit.
Nous passons le réveillon ici, et c’est pas mal. Sous les étoiles, sous les grands arbres de la rivière, les pieds dans le sable, avec les oryx qui nous observent, et les éléphants pas très loin, mais impossible de décoller, le rideau d’arbre de la rivière ne nous laisse aucune zone même minimaliste. Tant pis.
Paysage de poussière tourmenté, soleil de plomb et vieux fort datant de l’époque coloniale allemande. Il est temps de passer aux choses sérieuses. Direction plein ouest, en direction de l’Océan, dans le lit de la rivière. La piste, très poussiéreuse est un dédalle . Pendant plusieurs heures on suit une gorge en roulant dans le sable mou. le Vent est très fort. La quantité d’oryx augmente, et la faune en général est de plus en plus nombreuse. Du sud jusqu'à l’extrême nord, il y a cinq rivières assechées espacées de plus ou moins cent kilomètres. Toutes rejoignent l’Océan, et leur sous-sol possède les nappes phréatiques nécessaires à la survie des espèces qui migrent au gré des caprices de la végétation. Les Eléphants du coin sont une des clés de voûte de l’écosystème du Namib. Ce sont eux qui creusent les puits, dont profitent tous les autres animaux de la zone. C’est quand la quantité d’animaux augmente que l’on sait que les pachydermes ne sont plus très loin. Nous rencontrons trois groupes d’Eléphants en plein milieu de la piste. Droit de passage obligé, d’autant plus que dans la zone, ils ont la réputation d’être agressifs. Sortie progressive des gorges, le relief est moins marqué et on se retrouve dans une plaine entourée de reliefs aux allures lunaires. On campera ici. Beaucoup de girafes., aucun problème pour trouver du bois mort, endroit parfait pour dormir et voler, terrain plat, peu de cailloux, pas d’obstacle. La température a baissée à vingt cinq degrés, a cause de la proximité de l’océan, à quarante kilomètres a peine. Vol du matin : deux heures de vrai bonheur, je me risque a plus de vingt kilomètres du camp. La zone pullule en animaux sauvages. Une quantité incroyable de girafes, d’oryx , Je débusque quelques groupes d’éléphants .Encore un vol féerique de plus de deux heures. Nous resterons pas mal de temps dans cette zone privilégiée avant de retourner refaire le plein des vehicules, et de rentrer vers la civilisation

23/04/07

La Maison des Eléphants (Nyuma ya Tembo)

"C'est la bas que tu trouvera les plus gros éléphants de Tanzanie. C est en dehors des réserves et assez compliqué a trouver, mais ca en vaut la peine » c’est ce que m’avait dit mon ami Hassan Sachedina, de l'ONG Save the Rhino Trust, deux ans auparavant.
Aéroport d’Arusha, Tanzanie, Aout deux mille six, me voila partis a la recherche des fameux pachydermes avec la ferme intention de les trouver.
Le passage de la douane se fait sans encombre. Les paramoteurs démontés et logés dans les Samsonite, rien ne nous distingue du celui qui trimbale ses petites affaires et c est tant mieux, car cela vaut mieux que d’inventer des histoires a dormir debout afin d’amadouer les douaniers.. Le premier jour est dédié a la logistique : Récupération des 4X4 (comme toujours en piteux état), achat des provisions, vérification des véhicules..
Nous partons le lendemain matin avec quelque cinq cent litres d’essence pour les 4x4 nos machines volantes. Nous sommes quatre pilotes : Pour tous mes compagnons, c est la première vraie expérience Africaine, vivre en brousse et surtout se frotter a l’aérologie du coin. Apres quelques heures de route, nous attaquons une piste difficile a trouver, car les pluies de El Niño ont totalement effacées toute trace de roue. On passe des heures a slalomer entre les acacias et les baobabs a moins de vingt km/h, en traçant un cap au cordeau. La faune commence a se montrer, premières girafes, premiers impalas. C est le début de la saison sèche et la végétation a pris une belle couleur dorée, qui tranche avec la verdure omniprésente observée six mois plus tot. Il fait une chaleur étouffante, autour des trente cinq degrés a l’ombre, et comme toujours, en plein milieu de journée, le vent souffle en rafales fortes avec, en prime, des menaçants Dust-Devils (tourbillons de poussière ).On verra ce soir, si le vent se calme.
Nous progressons en direction des Seven Sisters, une ligne de collines qui devraient être a une centaine de kilomètres au Nord Est, prochain point de repère. « quand t y es tu trouvera un Boma (village) Masai, et puis tu continuera vers le nord en suivant le lit d’une rivière asséchée, pendant une cinquantaine de kilomètres ».
Apres quelques enlisement dans un terrain ou, parfois, le sol se dérobe, le termites minant le sol et créant des cavités qui s’écroulent sous le poids des roues des 4x4, je décide d’arrêter pour aujourd’hui.
Une plaine ouverte, et au loin encore des antilopes, j’appellerai ça le « Petit Serengetti », pas mal pour un premier bivouac. Comme partout dans la zone inter tropicale, la nuit tombe a dix huit heures et il fait noir en dix minutes. Montage du camp.
Je sors les deux moteurs et les monte rapidement , ajuste la carburation a l’altitude,et prépare tout l’équipement, pour être prêt a « dégainer » demain matin. Premières consignes au coin du feu : « on ne sort pas de la tente en pleine nuit même pour aller p… si on ne veut pas finir en Delicatessen pour les lions et on ne prend pas de fruits si on ne veut pas avoir la visite d’un éléphant énervé qui essaie d’attraper l’orange qu’il renifle a travers la toile..

« Tu rigoles ? »
« Non.. »
En fait je rigole, pensant a la tête de mes amis lorsque on entend en pleine nuit le premier rugissement de lion.
Je suis le premier debout, six heures du matin, vent nul, altitude mille sept cent mètres, les autres dorment encore. Assis dans la sellette, je lance le Ros de mon Backbone qui démarre, comme toujours, au quart de tour. Entre le bip bip du réveil et le decollage, il ne s’est pas passé quinze minutes. La sacro-sainte visite prévol, c était pour hier soir. Ici, si on rate la fenêtre météo du matin , on reste au sol, car le vent souffle fort en général a partir de huit heures trente. Ca veut dire qu’il faut être en l’air avant sept heures , et évidemment qu’il faut éviter de trop se louper pour décoller. Ceux qui mettent deux heures a se réveiller le matin sont franchement handicapés..
Mon parapente en corolle, attend patiemment le signal. Impulsion, moteur a fond, passage rapide en sous vitesse debout sur les freins ,mes pieds tangentent le sol a cinq centimètres pendant le palier d’accélération, et je suis en l’air . Le soleil se lève. Les autres se réveillent au bruit de mon départ, trop tard pour eux, l’option grasse matinée n’était pas vraiment la bonne. La puissance du ROS 125 de mon Backbone, ici est une bénédiction, je monte à deux mètres/seconde, malgré un air chaud et l’altitude. Le Kilimandjaro en tache de fond ne montre pas ses neiges éternelles qui sont dans la brume, mais je profite du paysage et je course quelques gazelles et quelques zèbres. Huit heures trente, je me pose, le vent souffle déjà assez fort. J'appercoit les autres en train de préparer leur matériel , mais il est déjà trop tard pour aujourd'hui. Le petit déjeuner est prêt, et ils me regardent revenir avec de grands yeux « alors ? » « no comment, vous verrez bien demain ». Demain c´est sur , ils seront debout a cinq heures trente ! J’espere qu’on va les trouver, ces fameux pachydermes . Encore un jour de navigation dans le bush.
Je trouve le fameux Boma, passe saluer le chef et fait un crochet vers le dispensaire afin de laisser quelques médicaments qui font cruellement défaut, comme a l’habitude dans ces régions. Collyre pour les yeux, Paracétamol, du vraiment basique. C' est le mieux que l’on puisse faire pour aider quelque peu les gens d’ici. Surtout ne pas laisser de medicaments compliqués ou « a risque » dont l’usage incontrolé sera pire que le mal ! Ou pis encore, distribuer n'importe quoi, n'importe comment (stylos, bonbons, vetements etc..) et a n'importe qui. En effet, quasiment partout en Afrique, c'est le culte de l'Echange qui est la base du fonctionnement de la société. Echanger, c'est vivre, survivre, on echange les services, les troupeaux, les femmes(!), les idées, l'argent..Il est tellement façile pour l'occidental de tomber dans la facilité de donner simplement pour se sentir "meilleur". Car justement, si Echanger est la base; donner ne signifie rien! Cela revient simplement à perturber les valeurs fondamentales, et le pire, déséquilibrer le fragile équilibre social dans l'esprit des enfants, qui deviendront alors, pour le Touriste moyen la plaie des pays touristiques en developpement. C'est pourtant facile:Un renseignement, une information, prendre quelqu'un en stop, tout est objet d'échange.. De la mème manière, Souvent le touriste s'offusque en voyant que l' hote si gentil qui lui a rendu service attend "quelque chose" de la part du visiteur, lui qui pensait que seul le désintéressement etait un comportement social "normal".
Conséquences? En Afrique, il faut aller de plus en plus loin pour trouver des gens qui ont encore un comportement normal. a qui la faute?
Nous naviguons dans un lit de rivière sec, sableux, très mou, en deuxième courte, en suivant des méandres. Soudain un Masai m’interpelle, manifestement curieux, il a, en guise de boucles d’oreilles, deux boites de pellicules photos plantées dans le lobe des oreilles.. « Wapi Tembo » ?je lui demande en Swahili approximatif (ou sont les éléphants) « Ici », répond il, manifestement inquiet pour nous, « Ici ça s’appelle la maison des éléphants », tout un programme. Effectivement le premier gros est aperçu derrière un rideau d’arbres que le mahousse est en train de désintégrer dans la joie et la bonne humeur. Je passe contre le vent a une cinquantaine de mètres. Il vaut mieux d’abord tester le comportement de ces mastodontes dans le cas ou ils ont eu de mauvaises expériences avec les hommes. Hassan, m’avait dit de faire attention car dans ce coin, il y a toujours un risque avec les braconniers. Mais celui la semble nous accepter, et ne montre pas de signe d’agressivité particulier. Je donne les instructions a la radio, « attention, pas plus prêt, si il a décidé de te broyer, c est facile pour lui, tu garde la distance de sécurité ». Espace ouvert, plat, sol sableux mais assez dur, possibilité de deco sur trois cent soixante degrés, arbres assez éloignes ok, on s’arrête ici et on monte le camp. Il est seize heures. Le temps de tout préparer et d`être dans les starting blocks dans le cas ou le vent se calmera suffisamment pour tenter un vol ce soir. Ce soir il y a une frénésie dans la préparation des paramoteurs, la motivation est au rendez vous. C’est vrai qu’il y a des animaux dans tous les sens. Dix sept heures, une heure avant la nuit, malgré le vent encore fort, je tente, je vais voir. Face a la voile, ça souffle encore a plus de vingt cinq km/h mais surtout ca n’est pas très régulier. Le vol de cinq minutes sera suffisant pour décider de ne pas tenter le diable et d’aller plus loin. De toute façon, a deux cent mètres du sol, on recule, le vent est a plus de quarante km/h. Ce sera donc pour demain. Evidemment le vent tombe a zéro quelques minutes après la tombée de la nuit… Un ciel étoilé qu’on ne voit que dans cette région du monde, les bruits inquiétants de la nuit africaine, celui des éléphants qui continuent au loin a déguster les feuillages des arbres environnant, les rugissement des lion qui pétrifient tout ce qui vit dans les environs (on peut les entendre a plus de dix kilomètres de distance) , des centaines de paires d’yeux qui nous observent. Magique ou Inquiétant ? six heures, tout le monde est debout en train d’aligner les voiles. J’aide Marie a décoller, je saute dans la sellette et me voila de nouveau en l’air. Pas un poil de vent, même scénario qu’hier. Mais quel spectacle. Apres avoir quitte le sol, a peine monté, on voit déjà les premiers groupes d’éléphants, avec toujours, les petits au milieux, des groupes de girafes, impalas, autruches a perte de vue. Au loin la zone s’ouvre sur un immense lac salé. Bonheur rare que de pouvoir partager ce moments avec sa compagne et de voler cote a cote en étant absolument certain d’être les premiers en paramoteur ici. Marie Carmen visiblement aime bien courser les autruches, qui ,vues sous cet angle, paraissent des poulets géants. La faible vitesse de nos machines est idéale, elle correspond a la vitesse de déplacement des animaux. Ici, je me fiche bien de la polémique et les théories sur la vitesse maxi des voiles, des profils, etc.. L’important c’est d’être en l’air ! quelque chose qui permet de voler a quarante a l’heure, et de décoller a deux mille mètres d’altitude sans vent ca me suffit.
Je file vers un groupe d’éléphants et attaque quelques trois cent soixantes au dessus a (très) basse altitude afin de prendre les premiers clichés intéressants. Panne moteur interdite. Le troupeau part en courant, seul le gros male stoppe, fait fáce et me regarde droit dans les yeux semblant dire « si tu t’approche et que je t’attrape.. » L’éléphant est le seul animal africain a regarder en l’air. Une fois, au Kenya j’ai course trois guépards pendant des kilomètres. Ils s’arrêtaient de temps en temps, s’asseyaient comme de gros chats, et regardaient dans tous les sens, sauf en haut. Dans la nature, le danger ne peut pas venir du ciel ..atterissage après un vol de deux heures. Mes deux amis, parviennent, malgre quelques difficultés, a décoller. Après le vol du matin, Petit « Game drive » afin de compléter les images aériennes par des terrestres.
A partir d’aujourd’hui vol avec matériel adéquat : Gps, gourde , couteau de chasse, radio , téléphone satellite, pistolet lance fusées.. On va commencer a s’éloigner du camp, avec les risques que ça comporte.Ici,un simple incident, peut tourner rapidement au drame. Nous ne sommes pas dans une réserve, les animaux n’ont pas l’habitude de la proximité de l’homme et une rencontre reprochée avec un des « big five »africain (Lion, Léopard, Elephant, Buffle, Rhinocéros), qui pullulent peut être fatale. Ce matin, tout le monde est enfin en l’air. J’assiste le décollage des autres et je suis donc le dernier a partir. Le grand pied ! on vole jusqu a la panne d’essence totale de Marie, après plus de deux heures de vol.. son Backbone a hélice de un mètre de diamètre, consomme plus que les autres. Elle se pose tranquillement a trois ou quatre cent mètres de quelques éléphants qui heureusement partent a toute allure.Je passe le message par radio aux autres, et je me pose a coté d’elle, qui commence a n’en mener pas large. Nous sommes a dix huit kilomètres du camp. On est tellement exalté par ce qu on a vu qu’on ne trouve pas les mots – inutiles – On se fera récupérer par Christophe , je re-décollerai en suivant le 4x4 a un mètre au dessus jusqu’au camp. Entre temps, notre amis Francois nous informe a la radio qu’il vient de se poser a quelques centaines de mètres du camp. On le retrouve crispé sur son pistolet lance fusées, adossé a son paramoteur... Une journée exceptionnelle.. on peut imaginer les discussion enflammèes autour du feu, le soir.
Le jour suivant, en vol, je vois un Land Rover qui commence a me suivre et se dirige vers le lieu d’atterrissage. C’est un scientifique, une partie de son boulot est le comptage des éléphants , il me dit « c’est fantastique ton truc, tu te rend compte, pour les compter, on gagnerait des semaines de boulot ». Je promet, après lui avoir indiqué ou sont les pachydermes ,de revenir lui donner un coup de main un de ces jours.
De temps a autre ,le Kilimandjaro découvre ses neiges éternelles: Voler ici c est le rêve absolu.
On restera une douzaine de jours a quadriller la zone dans tous les sens. Et jamais deux vols ne seront identiques. Les Masai du coin viendront souvent nous rendre visite : Quoi de plus magique que de voir la métamorphose du Terrible Guerrier Masai en gamin émerveillé, sidéré par le décollage de nos Ndege Kidogo, (littéralement petit oiseau, le mot avion n’existant pas en Swahili).
Quoi de plus magique que d’entendre :« Tu as vu, ils sont incroyables les Mzungus(blancs), ils volent avec un générateur sur le dos! »

25/03/07

Expedition Rufiji, Tanzanie

Préambule ou "que faire lorsque se fait attraper par un crocodile"
« When a crocodile attacks an animal, it will try to disable it. It does this by getting a firm, biting grip, submerging, and performing a long, fast barrel-roll. This disorients the prey, drowns it, and probably twists off the bitten limb. In this dire situation, your best line of defence is to stab the reptile in its eyes with anything sharp that you have. Alternatively, if you can lift up its tongue and let the water into its lungs whilst it is underwater, then a crocodile will start to drown and will release its prey.”



L'employée Swissair se demande bien qui sont ces six énergumènes et ce qu’ils vont bien pouvoir fabriquer en Tanzanie avec les quatre cents kilos de materiel bizarre qu’ils viennent d’enregistrer. Elle ne sait pas que nous allons explorer en canoe un des coins les plus sauvages d'Afrique de l'Est, les rivières Kilombéro et Rufiji.

Retour en arrière un an avant : Lors d’un voyage dans le nord du Mozambique, j’ai fait la connaissance d’un personnage singulier Mark Genkins. Il vivait la depuis déjà trois ans, isolé du monde avec, comme seul trait d’union avec la civilisation, son vieux Cessna. Sa mission, était de créer une réserve, dans cette chaîne de montagnes rocheuse aux confins du pays, prés d’une bourgade nommée Mécula, au milieu d’un pays meurtri par trente années de guerre civile. Son camp de base était établi sur les fondations d’un ancien fort portugais du dix huitième siècle, au frais sur les hauteurs. A travers de la végétation dense de la foret tropicale on apercevait la plaine infinie, surchauffée, qui s’étendait , jusqu’au fleuve Rovuma, fleuve frontière avec la Tanzanie. Le projet auquel il participait était financé par un riche armateur norvégien, qui voulait voir ainsi l’œuvre sa vie naître de sa fortune et des dix millions de dollars que lui coûtait une telle aventure : Créer un sanctuaire pour la protection de la faune, dans cette région déshéritée et abandonnée par le reste du monde. Il en ferait cadeau, par la suite, au gouvernement. Mark avait estimé une population de plus de dix mille éléphants dans la région, car le site avait étrangement été préservé du braconnage durant les longues années de guerre civile. Les habitants des régions rurales ne se hasardant guère à risquer leur vie en se baladant dans la brousse en cette période agitée.
Un soir, alors que nous partagions nos expériences, il me parla longuement d’une rivière dont l’image me trottera longtemps dans la tète : la Rufiji
Je revois encore son doigt filer sur la vieille carte usée par la poussière et les cahots de la piste défoncée. Il me montra le tracé de la belle.
Je mettrai six mois à préparer l’expédition.
Les premiers contacts avec les autorités locales furent sans réponses. L’administration du Wildlife department, à Dar es Salaam, ne semblait pas l’air très intéressés par le projet. La lenteur de la bureaucratie africaine y était surtout pour quelque chose. Je décidait de trouver un contact sur place afin de trouver les informations minimales, car, à ce stade, personne n’avait été en mesure de me communiquer une quelconque information, tout au moins technique, sur le fleuve et ses environs.
Le fleuve traverse la réserve de chasse Selous, territoire grand comme la Suisse, dont les seuls visiteurs sont quelques chasseurs professionnels dont la probabilité de rencontre est extrêmement limitées, sinon nulle. La seule carte de que je réussis à me procurer, furent assez vague a propos du relief que nous allions rencontrer. Les relevés topographiques datant de plus de quarante ans.
Il semble clair que la majorité du parcourt, traverse la réserve d’ouest en est, et que, nous ne rencontreront aucune vie humaine dans cette région du globe.
Apres de nombreuses recherches, je suis en contact avec le propriétaire d’un Hôtel, un italien, qui a l’air de s’intéresser à mon projet. Les choses vont enfin pouvoir s’accélérer. C’est avec difficulté que j’organise les transactions avec le ministère, il faudra de nombreux fax et coups de téléphones, il me faudra même faire un CV, décrivant les expéditions précédentes, avec preuves et photos a l’appui…
Et puis la réponse tombe, un matin. La lettre d’autorisation écrite de la main de Benson. Kibonde, honorable General Manager de l’administration du Selous, est enfin arrivée. Il me faudra tout de même signer une décharge de responsabilité dans laquelle on parle de braconniers (poachers), et d’autres perspectives réjouissantes (hippopotames, crocodiles)…
On prend finalement rendez vous à Dar, a mon arrivée pour finaliser les papiers, j’en profiterai pour affiner l’itinéraire sur place, avec les spécialistes du coin.
J’ai localisé une piste d’atterrissage qui semble être suffisamment longue pour accueillir le bimoteur qui va nous transporter, elle est située à une vingtaine de kilomètre de la rivière, proche de la charmante ville de Ifakara, au milieu de nulle part. Mon contact Italien, me met en relation avec une ONG allemande, installée sur place depuis plus de vingt ans, qui semble bien connaître le Selous ; sa mission principale étant la préservation des espèces en voie de disparition et la lutte contre le braconnage. Le premier contact avec eux est déprimant. « Qui vous a donné l’autorisation ? » « C’est de la folie » ; « trop d’hippopotames agressifs, qui vont vous renverser » ; « trop grand nombre de crocodiles » ; « vous ne passerez pas la zone des Shuguli Rapids »… merci herr doctor….
En fait j’ai la franche impression, qu’il est plus facile, lorsqu’on ne sait pas, d’essayer de décourager que d’expliquer. Je n’ai aucune information précise sur les difficultés techniques dues au terrain à plus ou moins cent kilomètres.
Je dormirais mal, cette nuit là, en me demandant si je n’étais pas en train de passer les limites du raisonnable.
Le loueur d’avion local, me propose un aéronef qui devrait avoir la capacité suffisante, en chargement pour les six personnes de l’équipe et tout le matériel, malheureusement, le monomoteur est exclu, ce qui fera monter la facture.
Pour cette expédition, j’ai choisi le matériel avec une extrême précaution : Des canoés d’expédition démontables, achetés directement chez le fabricant,en Norvège, des sacs a dos étanches, une Centrale électrique de ma fabrication. J’ai investi aussi dans une radio satellite, avec laquelle je peux envoyer des messages emails de n’importe quel coin de la planète. Il est prévu qu’elle ne servira qu’en cas de problème réel. C’est sûrement le premier engin du genre en Afrique, vu que c’est aussi le premier du genre en Europe….
A mon bureau, en France, je charge Pierre Phalipou, qui assure le support technique téléphonique pour ma société, d’assurer aussi le support technique….au cas ou il recevrait un message d’urgence.
Le départ approche, je délègue les derniers détails sur la préparation du matériel à mes amis. Mon contact Italien, Massimo, lui, m’informe qu’il est prévu une couverture médiatique de l’expédition par les médias locaux, mais je n’y crois guère.
Le groupe, est composé de mes amis : Jean Michel Girod, Jean pierre Metz, Jean Yves Lagier, Jean benoît Philippon; Dominique Devaux

En atterrissant a Dar es Salaam, je me demande si mon correspondant ne nous aura pas posé un lapin, et surtout, si notre matériel nous aura suivi.
Mon ami Massimo est la, le barda est récupéré avec une facilité déconcertante. Nous aurions pu perdre la moitié des sacs, être fouillés par la douane qui aurait passé au crible chaque sac étanche. Mais nous passons sans encombre.

Chaleur torride, humidité extrême, j’ai choisi le moment le plus chaud de l’année, en limite de la saison de pluies. Ca promet. Direction l'ancien aérodrome à un quart d’heure de là, ou est sensé nous attendre Cornélius et son avion…de nouveau j’ai un doute. Nous déchargeons le Land Rover, et je file vers le ministère, j'ai rendez vous avec les officiels. Il est impératif de commencer par le protocole pour éviter les ennuis avec les autorités, et au besoin avoir leur appui : Il me faut absolument un original écrit de la main du boss. Le bâtiment du ministère est en piteux état, terre battue, de vieux land rovers de vingt ans qui tiennent debout a force de réparations et de soudures diverse, des bâtiments en tôle, a moitié rouillés.
L’accueil au premier abord est assez distant. Mon curriculum de "baroudeur africain" en main, Kibonde prend un air sérieux qui m’inquiète : et si il changeait soudainement d’avis ? Aussi, je lui exhibe les différents articles de journaux français publiés sur mes expéditions passées. Pourtant durant notre entretien il tente encore de me dissuader de partir. Je lui montre quelques photos, et soudain son visage s’illumine. Moi qui pensais avoir des informations précises sur la rivière, visiblement, les personnes qui semblaient connaître le mieux la région sont dans ce bureau ....il sont complètement incapable de me dire ou se trouvent les rapides, les chutes, les gorges soit disant dangereuses....
Il est vrai que la carte aéronautique avec laquelle j'ai préparé l'expédition est plus détaillée que celle qui tapisse les murs du bureau, et qui doit bien avoir cinquante ans. Selon lui on va trouver des hippopotames et des crocodiles agressifs en quantité, des chutes infranchissables..., le discours de Kibonde est inquiétant, mais après une heure de négociation, j'obtiens son accord définitif, contre la promesse de publier un article dans des journaux en France et quelques photos en Europe, et revenir avec un relevé sur la navigabilitè de la rivière.
De plus il aimerait bien une photo de lion du Selous dans son bureau….
On se séparera après un échange de cartes de visites, la méfiance des premiers instants à mon égard s'étant transformée en enthousiasme. On en vient à parler des éléphants, des trois Land Rovers neuves qui viennent d’être livrées récemment. Il me montre sa collection de photos privées d’animaux qu’il sort de son tiroir.
Je garderai précieusement sa carte de visite, véritable passeport en cas de rencontre malencontreuse avec des militaires agressifs ou des rangers trop pointilleux.
Mon expédition est a présent sous couvert de Mr Kibonde, General Park Manager of Selous, et ça, ça vaut de l'or.

Je réalise, en sortant du bâtiment tout a coup, que personne, n'a jamais descendu les rivière Kilombero et Rufiji en canoë.

De retour à l’aérodrome, un Français m'aborde ; Michel Lanfrey, il est Producteur de film ,et réalise des documentaires pour WWF ainsi que pour les organisations Internationales, il produit quelques pubs, et possède ici aussi, le premier groupe de presse d'Afrique de l'Est.
Il a entendu parler des "Crazy Frenchies" comme ils nous appellent déja ici et semble intéressé et enthousiaste à l'idée de filmer l'expédition dans le Selous. Pourquoi pas? Sur le coup je ne le prends pas trop au sérieux.
Pendant les préparatif, la dépose du plan de vol, mes amis, un peu interloqués devant la tournure des évènements, mais sans se douter de la difficulté vont acheter de la nourriture: trente kilos de pâtes, quinze de riz, du pain, voila tout! Nous prendrons du poisson, nous chasserons. Avant d'embarquer dans notre avion, nous voyons arriver Michel en courant, avec un caméraman, pour un interview pour ITV la TV locale...Il disait vrai le bougre.

Contact, nous voila en l'air, je partage le cockpit du Cessna 300 avec le Capitaine Cornelius. Avec ma licence de pilote privé, je n'ai pas le droit de piloter un bimoteur a turbine mais ça me démange ! L’avion surchargé est secoué violemment par les thermiques de fin de matinée et j’en vois qui ne sont pas vraiment rassurés derrière.
Nous volons pendant plus de deux heures, dans la chaleur étouffante, au dessus d'un paysage de brousse hostile, sans voir aucune habitation ni âme qui vive. Paysage monotone ou la panne moteur serait problématique, sinon fatale.
Et puis, au loin, La rivière, telle un serpent lumineux, reflétant l’horizon et le soleil de plomb. La voila, brillante, a contre-jour, la Rufiji, que nous apercevons, surgissant des gorges Stiegler, annoncées infranchissables par Kibonde. Des bancs de sable blanc immense, des méandres larges, une eau profondément marron, magnifique.
En approche de la rivière nous descendons à mille pieds, pour tenter de repérer les passages difficile, trois passages à très basse altitude, vu d’ici tout semble tellement faciles, mais il ne faut pas se fier aux apparences.On aperçoit un espèce de camp en haut des gorges, sûrement des rangers, et puis, comme un goulet très étroit, comme pris dans un entonnoir, le lit de la rivière qui se rétrécit tellement que l’on a l’impression de voir un mince ruisseau inoffensif serpenter autour des collines des gorges. Quelle longueur peut faire ce passage? Dix kilomètres, vingt peut être. Le groupe est enthousiaste « c’est ça les gorges ? c’est du gâteau »je préfère ne rien dire, j’apercois tout de même de l’écume de temps en temps ;On verra en tant utile, vu d’en bas…

Plus loin, canal de basalte noir, et c'est la jonction avec la rivière Ruaha qui elle, verse une eau verte, verte comme la foret, et puis une plaine de foret dense.
On apercoit comme des barrières de rochers, et assez facilement les passages, toujours vers la gauche. Je marque les points au gps, qui me semblent significatifs, en notant, la carte sur les genoux les points importants ; car ensuite il sera trop tard.
La jonction avec la rivière Kilombero, deux cent kilomètres au sud, est magnifique. Nous sommes en saison sèche, les deux rivières se rejoignent dans des cascades immenses. Nous allons rencontrer les problèmes ici. J’essaie de me faire une idée sur le meilleur passage possible, j’essaie d’imaginer ce a quoi ça va ressembler, vu d’en bas, le temps qu’il faudra pour porter tout le matériel, ce n’est pas évident.
Deux cent kilomètres encore de navigation vers le nord, nous suivons une espèce de canal rectiligne, non plus de basalte, mais, de sable blanc. Très large, qui doit ressembler a un immense fleuve pendant la saison humide. Au vu de la largeur de la rivière actuelle, j’ai peur qu’il fasse porter un maximum, et que l’eau manque au rendez-vous. Et puis la zone sableuse fait place à une plaine inondable, verte, avec, en toile de fond, les montagnes d’Ifakara, la rivière serpente de nouveau, nous commençons a apercevoir des habitations. Ifakara, le seul village du coin, dans cette région incroyablement dénuée de toute habitation et de population. Un oasis au milieu de cet enfer, pour celui qui ne connait pas l'Afrique, ou du paradis pour celui qui en est amoureux. Cornélius, perd de l’altitude, et passe très bas sur le village, cela suffira, me dit il, a alerter la population qu’un avion va atterrir, et il espère que des autochtone viendront a la piste, ce qui est le cas habituellement, les visites étant plutôt rares ici. Il vaut mieux pour nous que ce scénario se réalise, car je nous voit mal nous trimbaler les quatre cent kilos de matériel a dos d’homme (surtout les nôtres) jusqu'à la rivière. La piste d'atterrissage semble être à une vingtaine de kilomètres de la rivière, et personne ne nous attend ici!
Les roues touchent la piste de terre rouge, un gars avec son vieux vélo, arrive à notre rencontre. C’est le fonctionnaire du coin : il nous exhibe son vieux cahier. Il consigne les mouvements de l’ «aéroport », et nous fera payer la taxe locale, dérisoire. Je suis un peu inquiet quand au moyen de transport. Notre ami, a vélo nous indique qu’il va essayer de trouver « la » voiture d’Ifakara, dans une plantation voisine, et le voilà parti. Nous déchargeons, à ce moment précis, je me rends compte que la quantité de matériel que nous avons amené va mettre notre dos à rude épreuve! Nous allons commencer par vingt kilomètres de portage, si ça continue. On s’installe sous un arbre en attendant l’hypothétique arrivée du camion…il fait une chaleur torride au moins 45° a l'ombre et pas un souffle de vent!
Notre nouvel ami Michel et son cameraman, qui étaient venus avec nous dans l'avion, m'interviewent! Nous passerons aux information TV ce soir!Fun !
Nous nous entendons sur le fait que, d’ici une semaine, je transmettrai ma position avec ma balise satellite, il nous rejoindra en hélicoptère pour filmer. A bientôt les gars !
L’avion re-décolle, il est parti dans un nuage de poussière, impossible de reculer maintenant. Parmi les six membres du groupe, un nouveau, notre « stagiaire » s'est greffé, j'ai envie de lui dire que dans une première expérience africaine comme ça, il risque d'en prendre plein la gueule. Je me demande même si je n'ai pas emmené mes amis dans une galère...mais c'est trop tard, et je me tais. Nous attendons patiemment le camion, qui arrivera évidemment deux heures plus tard, nous chargeons la moitié du matériel, la moitié du groupe part devant, nous restons ici et attendons son retour. Je suis inquiet lorsque plus d’une heure après, nous ne voyons toujours rien arriver. Finalement, le voilà. Chargement, piste défoncée, on est accroché dans la benne du pick-up. Mais la nuit est en train de tomber. J’en connais qui doivent être inquiet au bord de la rivière.Le vieux pick-up tombera en panne deux fois avant d'arriver à la rivière. Fumée terrible, un gars qui descend vers la rivière une bassine tordue a la main pour prendre de l’eau et donner a boire a la vieille bagnole qui n’en peut plus de trimbaler des tonnes de marchandises a longueur d’année(s).et bien sur pour démarrer, il faut pousser car le démarreur ne marche plus.
En traversant Ifakara, nous trouverons du Coca Cola (chaud), Nous décidons d'en boire le plus possible car après: terminé pendant au moins dix sept jours. Les gens sont adorables et sympas, nous achèterons du pain et encore des biscuits, on a comme un pressentiment.
Comme partout en Afrique, les ponts, ça n'existe pas. L’arrivée devant la rivière, dans la plaine inondable d'Ifakara me réchauffe le coeur. Le bac, qui se pilote à la main avec des cordes, est l'unique moyen, avec les pirogues de rejoindre l'autre rive, c'est souvent, ici, en Afrique, un lieu de transit, d'agitation et de vie, comme on peut le voir dans nos pays au sein d'une gare, d'un aéroport, mais ici, on chante, on rit, on vit.
C’est le crépuscule sur la kilombero, pirogues en ombre chinoises sur un fond rouge de coucher de soleil, dans une chaleur encore étouffante, au milieu des rires et des cris. La rivière faite ici trois ou quatre cent mètres de large, on entend les premiers hippopotames au loin...Je me rappelle de mon arrivée sur le fleuve Zambèze, il y a deux ans, en Angola. Même sensation, même privilège.
Il est trop tard pour monter les bateaux et partir ce soir, nous camperons sur la berge.
Comme partout en Afrique, la nuit, est synonyme de calme, de repos, d’inactivité.
Les abords du bacs, si actifs pendant la journée, ou tant de marchands, petits et grands tentent de vendre tout et n’importe quoi, se vide progressivement. Les vendeurs de beignet, en passant par ceux qui négocie des petits sacs en plastique remplis d’huile, ou enfin, tout ce qui peut se vendre et rapporter de quoi vivre ou faire vivre sa famille pendant quelques jours encore regagnent leurs cahutes, le bruit s’éloigne peu a peu. La nuit arrive vite, très vite, comme partout sous les tropiques.
Je discute avec un policier du coin, ou du moins quelqu’un qui semble être en charge de la sécurité des lieux. Négociation pour avoir un gardien pendant la nuit. Ca n’est pas le moment, demain matin de se retrouver avec un bateau en moins.
Les habitants sont interloqués lorsque nous commençons à monter nos canoës pliés dans les sacs, de la magie...ça se voit dans leurs yeux. Il est dix neuf heure maintenant il fait noir, tout le monde est parti, a présent c’est le calme de la nuit et à son ciel étoilé superbe, avec sa carte du ciel inversée de l'hémisphère sud.
Il fait une chaleur étouffante pendant la nuit, et j'ai du mal à dormir, mais c'est vrai que je mets toujours quelques jours à m'habituer aux changements de températures et à la dureté du sol…demain il fera jour.

Nous sommes réveillés par le bruit des gens au bord de la rivière, il est six heures du matin. Un petit feu, du café, le soleil monte déjà et il fait une chaleur terrible. Le troisième canoë est monté. Nous avons fabriqué, en France des mats et des voiles afin de moins ramer durant les passages longs, mais nos tests ont été réalisés sur le lac Léman, en suisse, ils semblaient concluants.comment sera le vent, est-ce que se sera utilisable? Il s’avèrera que non, par la suite.
Nous passons la matinée à préparer le chargement de chaque bateau, et à trouver les meilleures combinaisons pour être le plus confortable possible. L'équipement est assez complet, pour cette expédition.
Comme j'ai besoin d'énergie pour la caméra vidéo et la balise satellite, j'ai fabriqué un générateur de courant, dans un boîtier étanche, et un panneau solaire. Celui ci est fixé sur le flotteur latéral, l'électricité générée par jour, devrait, selon mes calculs être suffisante pour alimenter les différents matériels.dont l’indispensable GPS.
Jean-michel, mon coéquipier est un bon pécheur, il a emmené un matériel compact mais conséquent pour agrémenter notre ordinaire; on espère que le Tiger Fish, si abondant dans les plaines du Zambèze sera au rendez-vous.
Nous utiliserons des radios HF miniatures afin de communiquer entre les embarcations, lorsque nous seront trop éloignés, et enfin, ma balise satellite ; nous espérons tous ne pas avoir à nous en servir; elle devra elle aussi rester dans son boîtier de protection étanche. Nous nous rafraîchissons sans cesse, dans cette eau opaque, en opposant les canoës en barrage contre les éventuels crocodiles trop curieux.

C’est l'heure du départ.
De nombreux villageois sont venus progressivement, s'amasser devant la berge afin d'assister au départ des « mzungu ». C'est une foule immense qui nous fait de grands signes de la main alors que nous nous éloignons de Ifakara et du bac sur la rivière.

Cette fois nous sommes bien partis.
L’équipage du premier bateau, baptisé KII, est composé de Jean benoît dit "le cuisinier"(très grande utilité! le spécialiste de la nouille), et de Jean-Yves alias Pizza ou "le ménestrel" (celui dont l’utilité est de composer des chansons et de chanter, le tout en dessus de 25° sinon, il se met en veille!)
Le deuxième bateau, le KIII: Jean-pierre dit "le cuisinier chef", et Dominique le « stagiaire ».Sur le dernier bateau, le KI, Jean-Michel le bricoleur, accessoirement guitariste"et moi même. Seulement deux cent mètres après le départ, nous croisons une première famille d'hippopotames, et nous passons au large prudemment.

L'hippopotame est l'animal qui cause le plus de mort en afrique.Il à un instinct territorial très poussé et lorsqu'il se sent menacé, il peut tuer. Sur terre, il est même capable de courir à plus de quarante kilomètres heures. Ce sera certainement la menace la plus importante de l’expédition.

Nous naviguons dans la plaine inondable, nous sommes en saison sèche et seul le chenal principal coule en ce moment, facilitant l’orientation en nous laissant dans le « droit chemin ».Durant la saison des pluies le fleuve s’étale sur plus de dix kilomètres. Cet endroit me rappelle la plaine inondable Bulozi, en pays lozi, le bas, en Zambie, lorsque nous explorions le Haut Zambèze en Zodiac. La bas le fleuve déborde quelquefois sur presque cent kilomètres de large, une véritable mer intérieure.
Les habitants, comme la bas, construisent leur village sur des îles, perchées, tel le village d'Astérix, autour d'un gros arbre, afin de se protéger des crues dévastatrices.
Ici les gens pêchent au filet. Ils ne peuvent attraper les carnassiers, par manque d'hameçons et de fil! Impossible à trouver ici. Ils se contentent des "petits poissons" qui viennent se prendre dans leurs filets et leurs nasses d’osier.
Enormément de bancs de sables blanc, et nous commençons a voir quelques crocodiles discrets, mais le paysage n'est pas très adapté à leur habitat de prédilection. Habituellement ils construisent leurs repaires dans la végétation dense au bord de la rivière, composée de roseaux et creusent leur caverne dans des galeries cachées des regards. Je suis à l'arrière du canoë, je dirige, et nous filons silencieusement sur le fleuve qui serpente. Nous avons faim, nous attachons ensembles les trois canoës et nous dérivons tranquillement en mangeant le premier repas: pain et un tube de pâté de foie...Le soleil tape fort, très fort. Malgré nos origines méditerranéennes, nous brûlons joyeusement! Quelques pécheurs nous saluent, ici il y a des habitants, malgré tout, en assez faible quantité. Le canoë est un moyen de transport fabuleux, car le même que ceux de nos amis tanzaniens, nous voyageons à la vitesse de l'afrique. KII a un problème, surtout Pizza qui a voulu a tout prix diriger l'embarcation. Il ne parvient pas a simplement aller en ligne droite et effectue des zigzag terribles, un coté dans les broussailles, et hop, de l'autre coté dans les roseaux. C'est plus problématique lorsqu'il se dirige droit devant dans les tas d'hippopotames. On s'attend au pire lorsqu'il y aura des rapides.
Le soleil de fin de journée, rasant est très fort. Il semble que les hippopotames sont de plus en plus actifs avant la tombée de la nuit. Nous en surprenons de plus en plus sur les berges, ils se jettent à l'eau avec violence à notre vue. Mais ils restent calmes et plutôt apeurés qu'agressifs, pourvu que ça dure! Nous longeons la rive de très près, à peine a quelques mètres, le bord de la rivière nous surplombe de plus de deux mètres marquant la hauteur de l’eau durant la saison des pluies: quelle erreur! Nous passons un virage et en sortie nous tombons nez a nez avec un gros male hippopotame d'au moins cinq cents kilos, a moins de deux mètres de nous sur la berge. Il est effrayé, veut regagner la rivière, stoppe net, nous sommes dans sa trajectoire! Nous le voyons hésiter: "je plonge a droite ou je plonge a gauche?"Semble t-il penser.a gauche, mauvaise réponse, ca veut dire qu'il saute gaiement sur le canoe et qu'il nous explose tout! a droite, il choisit de regagner la rivière en nous fichant la paix. Il choisit la bonne réponse. Dorénavant, nous éviterons de suivre les berges de trop près. Erreur qui aurait pu être fatale
Nous choisissons une plage merveilleuse pour camper, ce soir. Nous montons le camp rapidement. A proximité,à quelques centaines de mètres on entend les voix, des habitants d’un petit village, mais ici les gens sont discrets et respectueux, aucun ne viendra nous déranger.On estime l’étendu des dégâts : nous avons , en quelques heures brûlés comme des hamburgers : bras, jambes, et figures sont font souffrir. On va se couvrir, mais c’est un peu tard. Nous trouvons une sorte de bras mort de la rivière ou ; sorte de baignoire salvatrice, nous resterons a plat ventre longtemps, loin des bestioles malfaisantes. Premier plat de nouilles, nous avons navigué une trentaine de kilomètres aujourd'hui, c'est peu, très peu. J’estime que nous atteindrons la sortie de la plaine inondable dans deux jours environ. Afin d’avoir un peu plus de place que dans nos tentes, nous fabriquons un espèce de tepee avec les voiles et les mats pour protéger le matériel cette nuit. L’espace disponible dans les tentes ne nous permet pas, de toutes façon de caser tout notre fourbi à l’abri des regards.
La nuit est noire, sans lune, la voie lactée est visible, d'ici, comme nulle part ailleurs dans le monde. Mais ce soir, au loin des éclairs lézardent la nuit, se rapprochent, bientôt le tonnerre s'entend de plus en plus fort.
Nous décidons de changer les tentes de place, si les pluies sont trop fortes, la rivière va déborder et tout emporter, nous avec....nous plantons les tentes quelques mètres plus haut. En pleine nuit, nous entendons l'orage arriver.
Pour celui qui n'a jamais été dans cette région du globe, un orage tropical a quelque chose d'inquiétant; la pluie tombe de manière torrentielle sans discontinuer,les tentes prennent l'eau de toute part. les éclairs et le tonnerre frappent la terre très, très prêt. Ça dure longtemps, je me demande si nous avons bien attaché les canotés, vu la puissance de l'orage. Il fait une chaleur étouffante, mais impossible d'ouvrir la tente.
La pluie s'arrête, j'ouvre la "porte" pour avoir un peu d'air frais: la guerre du moustique va commencer. Ils vont nous harceler tout le reste de la nuit ; et puis ici, moustique est synonyme de malaria.

Ce matin nous avons de la chance, le ciel est couvert et le soleil va nous épargner, nous sommes complètement brûlés, et la nuit dernière j'ai vraiment souffert de brûlures au bras et au visage. Nous nous confectionnons des gants étranges, on appellera ca les « chaussettes a bras »réalisés a base de chaussettes trouées pour laisser passer les doigts, c’est efficace!
Le temps de vider les canoës qui se sont remplis d’eau de pluie, de prendre un bon café et nous repartons. Nous croisons encore des autochtones en pirogues qui nous saluent en se demandant bien ou nous allons:
Extrait de dialogue (limité à cause de mon swahili approximatif.)
-"Wapi Safari?, Habari? (ou allez vous? comment ca va?)Demandent les gens,
-"Rufiji!" je leur répond en leur montrant du doigt la direction," Mzuri, Mzuri, assante" (tout va très bien, merci)
-chunga tembo, chunga tembo! (Faites gaffe aux éléphants!)
La variante sera avec des avertissement concernant : lions, hippos, crocodiles....etc, etc
Changement de continent, changement de paysage, changement de préoccupations.

Ici la rivière se divise en de nombreux bras, ou il est facile, si ce n'est de se perdre, tout au moins de naviguer plusieurs heures avant d'arriver au fond d'un lac dans un cul de sac. Heureusement les habitants nous renseignent facilement sur le chenal principal. Dans tous les cas, j'avais remarqué, vue d'avion, qu"il fallait serrer, relativement à gauche pour ne pas se perdre.Ca y est, deux crocodiles de plus, et les hippopotames sont de plus en plus nombreux. D'abord par groupe de trois, les groupes sont maintenant de plus de vingt ou trente a chaque fois! ca craint! Ils sont souvent hors de l'eau sur les berges et rejoignent violemment la rivière à notre approche. C'est incroyable le nombre d'hippopotames que 'on peut observer ici, surtout hors de l'eau. D’habitude, car ils sont très craintifs, ils attendent la nuit pour sortir et aller paître dans l'herbe verte, quelquefois a plusieurs kilomètres de la rivière. Malheur, a celui qui se trouvera sur son chemin de retour!

Cela me rappelle une anecdote la première fois que je suis allé en Afrique, au milieu des années 80; dans le sud du Kenya. Je campais sur les rives d'une rivière, des hippopotames étaient la, qui semblaient paisibles, un couple, avait planté sa tente deux cent mètres plus loin, l'herbe était verte, un vrai pâturage. On m'avais prévenu, règle de base, ne jamais sortir la nuit. Cette règle, l'occupante de la tente d'a coté ne l'a pas respectée: sortie avec sa lampe électrique pour je ne sais quelle raison, elle tomba nez a nez avec un hippopotame qui, effrayé a pris le plus court chemin afin de regagner la rivière, c'est a dire tout droit, en écrasant la tente et ses occupants....
J'étais aux premières loges; ils s'en sont sortis avec cotes cassées et divers traumatismes...

Il y a tellement d'hippopotames ici, que c'est carrément un Slalom imposé. Lorsque nous accélérons pour en éviter un groupe, nous tombons en plein milieu d'un autre. Cette journée sera épuisante.Nous quittons la plaine inondable, la végétation devient plus dense sur les berges, et les arbres broyés sont le témoignage d'une concentration d'éléphant assez importante. Comme toujours, ils sont difficile a apercevoir tant les arbres sont touffus. La lumière du soleil devient rasante, orangée, magnifique, il va être tant de s'arrêter, d'autant plus que les hippopotames rencontrés s'excitent de plus en plus. Une île au beau milieu de la rivière nous interpelle, son extrémité, en forme de presqu’île est plate, ouverte d'herbe verte, une véritable "rampe de lancement" pour