L'employée Swissair se demande bien qui sont ces six énergumènes et ce qu’ils vont bien pouvoir fabriquer en Tanzanie avec les quatre cents kilos de materiel bizarre qu’ils viennent d’enregistrer. Elle ne sait pas que nous allons explorer en canoe un des coins les plus sauvages d'Afrique de l'Est, les rivières Kilombéro et Rufiji.
Retour en arrière un an avant : Lors d’un voyage dans le nord du Mozambique, j’ai fait la connaissance d’un personnage singulier Mark Genkins. Il vivait la depuis déjà trois ans, isolé du monde avec, comme seul trait d’union avec la civilisation, son vieux Cessna. Sa mission, était de créer une réserve, dans cette chaîne de montagnes rocheuse aux confins du pays, prés d’une bourgade nommée Mécula, au milieu d’un pays meurtri par trente années de guerre civile. Son camp de base était établi sur les fondations d’un ancien fort portugais du dix huitième siècle, au frais sur les hauteurs. A travers de la végétation dense de la foret tropicale on apercevait la plaine infinie, surchauffée, qui s’étendait , jusqu’au fleuve Rovuma, fleuve frontière avec la Tanzanie. Le projet auquel il participait était financé par un riche armateur norvégien, qui voulait voir ainsi l’œuvre sa vie naître de sa fortune et des dix millions de dollars que lui coûtait une telle aventure : Créer un sanctuaire pour la protection de la faune, dans cette région déshéritée et abandonnée par le reste du monde. Il en ferait cadeau, par la suite, au gouvernement. Mark avait estimé une population de plus de dix mille éléphants dans la région, car le site avait étrangement été préservé du braconnage durant les longues années de guerre civile. Les habitants des régions rurales ne se hasardant guère à risquer leur vie en se baladant dans la brousse en cette période agitée.
Un soir, alors que nous partagions nos expériences, il me parla longuement d’une rivière dont l’image me trottera longtemps dans la tète : la Rufiji
Je revois encore son doigt filer sur la vieille carte usée par la poussière et les cahots de la piste défoncée. Il me montra le tracé de la belle.
Je mettrai six mois à préparer l’expédition.
Les premiers contacts avec les autorités locales furent sans réponses. L’administration du Wildlife department, à Dar es Salaam, ne semblait pas l’air très intéressés par le projet. La lenteur de la bureaucratie africaine y était surtout pour quelque chose. Je décidait de trouver un contact sur place afin de trouver les informations minimales, car, à ce stade, personne n’avait été en mesure de me communiquer une quelconque information, tout au moins technique, sur le fleuve et ses environs.
Le fleuve traverse la réserve de chasse Selous, territoire grand comme la Suisse, dont les seuls visiteurs sont quelques chasseurs professionnels dont la probabilité de rencontre est extrêmement limitées, sinon nulle. La seule carte de que je réussis à me procurer, furent assez vague a propos du relief que nous allions rencontrer. Les relevés topographiques datant de plus de quarante ans.
Il semble clair que la majorité du parcourt, traverse la réserve d’ouest en est, et que, nous ne rencontreront aucune vie humaine dans cette région du globe.
Apres de nombreuses recherches, je suis en contact avec le propriétaire d’un Hôtel, un italien, qui a l’air de s’intéresser à mon projet. Les choses vont enfin pouvoir s’accélérer. C’est avec difficulté que j’organise les transactions avec le ministère, il faudra de nombreux fax et coups de téléphones, il me faudra même faire un CV, décrivant les expéditions précédentes, avec preuves et photos a l’appui…
Et puis la réponse tombe, un matin. La lettre d’autorisation écrite de la main de Benson. Kibonde, honorable General Manager de l’administration du Selous, est enfin arrivée. Il me faudra tout de même signer une décharge de responsabilité dans laquelle on parle de braconniers (poachers), et d’autres perspectives réjouissantes (hippopotames, crocodiles)…
On prend finalement rendez vous à Dar, a mon arrivée pour finaliser les papiers, j’en profiterai pour affiner l’itinéraire sur place, avec les spécialistes du coin.
J’ai localisé une piste d’atterrissage qui semble être suffisamment longue pour accueillir le bimoteur qui va nous transporter, elle est située à une vingtaine de kilomètre de la rivière, proche de la charmante ville de Ifakara, au milieu de nulle part. Mon contact Italien, me met en relation avec une ONG allemande, installée sur place depuis plus de vingt ans, qui semble bien connaître le Selous ; sa mission principale étant la préservation des espèces en voie de disparition et la lutte contre le braconnage. Le premier contact avec eux est déprimant. « Qui vous a donné l’autorisation ? » « C’est de la folie » ; « trop d’hippopotames agressifs, qui vont vous renverser » ; « trop grand nombre de crocodiles » ; « vous ne passerez pas la zone des Shuguli Rapids »… merci herr doctor….
En fait j’ai la franche impression, qu’il est plus facile, lorsqu’on ne sait pas, d’essayer de décourager que d’expliquer. Je n’ai aucune information précise sur les difficultés techniques dues au terrain à plus ou moins cent kilomètres.
Je dormirais mal, cette nuit là, en me demandant si je n’étais pas en train de passer les limites du raisonnable.
Le loueur d’avion local, me propose un aéronef qui devrait avoir la capacité suffisante, en chargement pour les six personnes de l’équipe et tout le matériel, malheureusement, le monomoteur est exclu, ce qui fera monter la facture.
Pour cette expédition, j’ai choisi le matériel avec une extrême précaution : Des canoés d’expédition démontables, achetés directement chez le fabricant,en Norvège, des sacs a dos étanches, une Centrale électrique de ma fabrication. J’ai investi aussi dans une radio satellite, avec laquelle je peux envoyer des messages emails de n’importe quel coin de la planète. Il est prévu qu’elle ne servira qu’en cas de problème réel. C’est sûrement le premier engin du genre en Afrique, vu que c’est aussi le premier du genre en Europe….
A mon bureau, en France, je charge Pierre Phalipou, qui assure le support technique téléphonique pour ma société, d’assurer aussi le support technique….au cas ou il recevrait un message d’urgence.
Le départ approche, je délègue les derniers détails sur la préparation du matériel à mes amis. Mon contact Italien, Massimo, lui, m’informe qu’il est prévu une couverture médiatique de l’expédition par les médias locaux, mais je n’y crois guère.
Le groupe, est composé de mes amis : Jean Michel Girod, Jean pierre Metz, Jean Yves Lagier, Jean benoît Philippon; Dominique Devaux
En atterrissant a Dar es Salaam, je me demande si mon correspondant ne nous aura pas posé un lapin, et surtout, si notre matériel nous aura suivi.
Mon ami Massimo est la, le barda est récupéré avec une facilité déconcertante. Nous aurions pu perdre la moitié des sacs, être fouillés par la douane qui aurait passé au crible chaque sac étanche. Mais nous passons sans encombre.
Chaleur torride, humidité extrême, j’ai choisi le moment le plus chaud de l’année, en limite de la saison de pluies. Ca promet. Direction l'ancien aérodrome à un quart d’heure de là, ou est sensé nous attendre Cornélius et son avion…de nouveau j’ai un doute. Nous déchargeons le Land Rover, et je file vers le ministère, j'ai rendez vous avec les officiels. Il est impératif de commencer par le protocole pour éviter les ennuis avec les autorités, et au besoin avoir leur appui : Il me faut absolument un original écrit de la main du boss. Le bâtiment du ministère est en piteux état, terre battue, de vieux land rovers de vingt ans qui tiennent debout a force de réparations et de soudures diverse, des bâtiments en tôle, a moitié rouillés.
L’accueil au premier abord est assez distant. Mon curriculum de "baroudeur africain" en main, Kibonde prend un air sérieux qui m’inquiète : et si il changeait soudainement d’avis ? Aussi, je lui exhibe les différents articles de journaux français publiés sur mes expéditions passées. Pourtant durant notre entretien il tente encore de me dissuader de partir. Je lui montre quelques photos, et soudain son visage s’illumine. Moi qui pensais avoir des informations précises sur la rivière, visiblement, les personnes qui semblaient connaître le mieux la région sont dans ce bureau ....il sont complètement incapable de me dire ou se trouvent les rapides, les chutes, les gorges soit disant dangereuses....
Il est vrai que la carte aéronautique avec laquelle j'ai préparé l'expédition est plus détaillée que celle qui tapisse les murs du bureau, et qui doit bien avoir cinquante ans. Selon lui on va trouver des hippopotames et des crocodiles agressifs en quantité, des chutes infranchissables..., le discours de Kibonde est inquiétant, mais après une heure de négociation, j'obtiens son accord définitif, contre la promesse de publier un article dans des journaux en France et quelques photos en Europe, et revenir avec un relevé sur la navigabilitè de la rivière.
De plus il aimerait bien une photo de lion du Selous dans son bureau….
On se séparera après un échange de cartes de visites, la méfiance des premiers instants à mon égard s'étant transformée en enthousiasme. On en vient à parler des éléphants, des trois Land Rovers neuves qui viennent d’être livrées récemment. Il me montre sa collection de photos privées d’animaux qu’il sort de son tiroir.
Je garderai précieusement sa carte de visite, véritable passeport en cas de rencontre malencontreuse avec des militaires agressifs ou des rangers trop pointilleux.
Mon expédition est a présent sous couvert de Mr Kibonde, General Park Manager of Selous, et ça, ça vaut de l'or.
Je réalise, en sortant du bâtiment tout a coup, que personne, n'a jamais descendu les rivière Kilombero et Rufiji en canoë.
De retour à l’aérodrome, un Français m'aborde ; Michel Lanfrey, il est Producteur de film ,et réalise des documentaires pour WWF ainsi que pour les organisations Internationales, il produit quelques pubs, et possède ici aussi, le premier groupe de presse d'Afrique de l'Est.
Il a entendu parler des "Crazy Frenchies" comme ils nous appellent déja ici et semble intéressé et enthousiaste à l'idée de filmer l'expédition dans le Selous. Pourquoi pas? Sur le coup je ne le prends pas trop au sérieux.

Pendant les préparatif, la dépose du plan de vol, mes amis, un peu interloqués devant la tournure des évènements, mais sans se douter de la difficulté vont acheter de la nourriture: trente kilos de pâtes, quinze de riz, du pain, voila tout! Nous prendrons du poisson, nous chasserons. Avant d'embarquer dans notre avion, nous voyons arriver Michel en courant, avec un caméraman, pour un interview pour ITV la TV locale...Il disait vrai le bougre.
Contact, nous voila en l'air, je partage le cockpit du Cessna 300 avec le Capitaine Cornelius. Avec ma licence de pilote privé, je n'ai pas le droit de piloter un bimoteur a turbine mais ça me démange ! L’avion surchargé est secoué violemment par les thermiques de fin de matinée et j’en vois qui ne sont pas vraiment rassurés derrière.
Nous volons pendant plus de deux heures, dans la chaleur étouffante, au dessus d'un paysage de brousse hostile, sans voir aucune habitation ni âme qui vive. Paysage monotone ou la panne moteur serait problématique, sinon fatale.
Et puis, au loin, La rivière, telle un serpent lumineux, reflétant l’horizon et le soleil de plomb.

La voila, brillante, a contre-jour, la Rufiji, que nous apercevons, surgissant des gorges Stiegler, annoncées infranchissables par Kibonde. Des bancs de sable blanc immense, des méandres larges, une eau profondément marron, magnifique.
En approche de la rivière nous descendons à mille pieds, pour tenter de repérer les passages difficile, trois passages à très basse altitude, vu d’ici tout semble tellement faciles, mais il ne faut pas se fier aux apparences.On aperçoit un espèce de camp en haut des gorges, sûrement des rangers, et puis, comme un goulet très étroit, comme pris dans un entonnoir, le lit de la rivière qui se rétrécit tellement que l’on a l’impression de voir un mince ruisseau inoffensif serpenter autour des collines des gorges. Quelle longueur peut faire ce passage? Dix kilomètres, vingt peut être. Le groupe est enthousiaste « c’est ça les gorges ? c’est du gâteau »je préfère ne rien dire, j’apercois tout de même de l’écume de temps en temps ;On verra en tant utile, vu d’en bas…
Plus loin, canal de basalte noir, et c'est la jonction avec la rivière Ruaha qui elle, verse une eau verte, verte comme la foret, et puis une plaine de foret dense.
On apercoit comme des barrières de rochers, et assez facilement les passages, toujours vers la gauche. Je marque les points au gps, qui me semblent significatifs, en notant, la carte sur les genoux les points importants ; car ensuite il sera trop tard.
La jonction avec la rivière Kilombero, deux cent kilomètres au sud, est magnifique. Nous sommes en saison sèche, les deux rivières se rejoignent dans des cascades immenses. Nous allons rencontrer les problèmes ici. J’essaie de me faire une idée sur le meilleur passage possible, j’essaie d’imaginer ce a quoi ça va ressembler, vu d’en bas, le temps qu’il faudra pour porter tout le matériel, ce n’est pas évident.
Deux cent kilomètres encore de navigation vers le nord, nous suivons une espèce de canal rectiligne, non plus de basalte, mais, de sable blanc. Très large, qui doit ressembler a un immense fleuve pendant la saison humide. Au vu de la largeur de la rivière actuelle, j’ai peur qu’il fasse porter un maximum, et que l’eau manque au rendez-vous. Et puis la zone sableuse fait place à une plaine inondable, verte, avec, en toile de fond, les montagnes d’Ifakara, la rivière serpente de nouveau, nous commençons a apercevoir des habitations. Ifakara, le seul village du coin, dans cette région incroyablement dénuée de toute habitation et de population. Un oasis au milieu de cet enfer, pour celui qui ne connait pas l'Afrique, ou du paradis pour celui qui en est amoureux. Cornélius, perd de l’altitude, et passe très bas sur le village, cela suffira, me dit il, a alerter la population qu’un avion va atterrir, et il espère que des autochtone viendront a la piste, ce qui est le cas habituellement, les visites étant plutôt rares ici. Il vaut mieux pour nous que ce scénario se réalise, car je nous voit mal nous trimbaler les quatre cent kilos de matériel a dos d’homme (surtout les nôtres) jusqu'à la rivière. La piste d'atterrissage semble être à une vingtaine de kilomètres de la rivière, et personne ne nous attend ici!
Les roues touchent la piste de terre rouge, un gars avec son vieux vélo, arrive à notre rencontre. C’est le fonctionnaire du coin : il nous exhibe son vieux cahier. Il consigne les mouvements de l’ «aéroport », et nous fera payer la taxe locale, dérisoire. Je suis un peu inquiet quand au moyen de transport. Notre ami, a vélo nous indique qu’il va essayer de trouver « la » voiture d’Ifakara, dans une plantation voisine, et le voilà parti. Nous déchargeons, à ce moment précis, je me rends compte que la quantité de matériel que nous avons amené va mettre notre dos à rude épreuve! Nous allons commencer par vingt kilomètres de portage, si ça continue. On s’installe sous un arbre en attendant l’hypothétique arrivée du camion…il fait une chaleur torride au moins 45° a l'ombre et pas un souffle de vent!
Notre nouvel ami Michel et son cameraman, qui étaient venus avec nous dans l'avion, m'interviewent! Nous passerons aux information TV ce soir!Fun !

Nous nous entendons sur le fait que, d’ici une semaine, je transmettrai ma position avec ma balise satellite, il nous rejoindra en hélicoptère pour filmer. A bientôt les gars !
L’avion re-décolle, il est parti dans un nuage de poussière, impossible de reculer maintenant. Parmi les six membres du groupe, un nouveau, notre « stagiaire » s'est greffé, j'ai envie de lui dire que dans une première expérience africaine comme ça, il risque d'en prendre plein la gueule. Je me demande même si je n'ai pas emmené mes amis dans une galère...mais c'est trop tard, et je me tais. Nous attendons patiemment le camion, qui arrivera évidemment deux heures plus tard, nous chargeons la moitié du matériel, la moitié du groupe part devant, nous restons ici et attendons son retour. Je suis inquiet lorsque plus d’une heure après, nous ne voyons toujours rien arriver. Finalement, le voilà. Chargement, piste défoncée, on est accroché dans la benne du pick-up. Mais la nuit est en train de tomber. J’en connais qui doivent être inquiet au bord de la rivière.Le vieux pick-up tombera en panne deux fois avant d'arriver à la rivière. Fumée terrible, un gars qui descend vers la rivière une bassine tordue a la main pour prendre de l’eau et donner a boire a la vieille bagnole qui n’en peut plus de trimbaler des tonnes de marchandises a longueur d’année(s).et bien sur pour démarrer, il faut pousser car le démarreur ne marche plus.
En traversant Ifakara, nous trouverons du Coca Cola (chaud), Nous décidons d'en boire le plus possible car après: terminé pendant au moins dix sept jours. Les gens sont adorables et sympas, nous achèterons du pain et encore des biscuits, on a comme un pressentiment.
Comme partout en Afrique, les ponts, ça n'existe pas. L’arrivée devant la rivière, dans la plaine inondable d'Ifakara me réchauffe le coeur. Le bac, qui se pilote à la main avec des cordes, est l'unique moyen, avec les pirogues de rejoindre l'autre rive, c'est souvent, ici, en Afrique, un lieu de transit, d'agitation et de vie, comme on peut le voir dans nos pays au sein d'une gare, d'un aéroport, mais ici, on chante, on rit, on vit.

C’est le crépuscule sur la kilombero, pirogues en ombre chinoises sur un fond rouge de coucher de soleil, dans une chaleur encore étouffante, au milieu des rires et des cris. La rivière faite ici trois ou quatre cent mètres de large, on entend les premiers hippopotames au loin...Je me rappelle de mon arrivée sur le fleuve Zambèze, il y a deux ans, en Angola. Même sensation, même privilège.
Il est trop tard pour monter les bateaux et partir ce soir, nous camperons sur la berge.
Comme partout en Afrique, la nuit, est synonyme de calme, de repos, d’inactivité.
Les abords du bacs, si actifs pendant la journée, ou tant de marchands, petits et grands tentent de vendre tout et n’importe quoi, se vide progressivement. Les vendeurs de beignet, en passant par ceux qui négocie des petits sacs en plastique remplis d’huile, ou enfin, tout ce qui peut se vendre et rapporter de quoi vivre ou faire vivre sa famille pendant quelques jours encore regagnent leurs cahutes, le bruit s’éloigne peu a peu. La nuit arrive vite, très vite, comme partout sous les tropiques.
Je discute avec un policier du coin, ou du moins quelqu’un qui semble être en charge de la sécurité des lieux. Négociation pour avoir un gardien pendant la nuit. Ca n’est pas le moment, demain matin de se retrouver avec un bateau en moins.
Les habitants sont interloqués lorsque nous commençons à monter nos canoës pliés dans les sacs, de la magie...ça se voit dans leurs yeux. Il est dix neuf heure maintenant il fait noir, tout le monde est parti, a présent c’est le calme de la nuit et à son ciel étoilé superbe, avec sa carte du ciel inversée de l'hémisphère sud.
Il fait une chaleur étouffante pendant la nuit, et j'ai du mal à dormir, mais c'est vrai que je mets toujours quelques jours à m'habituer aux changements de températures et à la dureté du sol…demain il fera jour.
Nous sommes réveillés par le bruit des gens au bord de la rivière, il est six heures du matin. Un petit feu, du café, le soleil monte déjà et il fait une chaleur terrible. Le troisième canoë est monté. Nous avons fabriqué, en France des mats et des voiles afin de moins ramer durant les passages longs, mais nos tests ont été réalisés sur le lac Léman, en suisse, ils semblaient concluants.comment sera le vent, est-ce que se sera utilisable? Il s’avèrera que non, par la suite.
Nous passons la matinée à préparer le chargement de chaque bateau, et à trouver les meilleures combinaisons pour être le plus confortable possible. L'équipement est assez complet, pour cette expédition.
Comme j'ai besoin d'énergie pour la caméra vidéo et la balise satellite, j'ai fabriqué un générateur de courant, dans un boîtier étanche, et un panneau solaire. Celui ci est fixé sur le flotteur latéral, l'électricité générée par jour, devrait, selon mes calculs être suffisante pour alimenter les différents matériels.dont l’indispensable GPS.
Jean-michel, mon coéquipier est un bon pécheur, il a emmené un matériel compact mais conséquent pour agrémenter notre ordinaire; on espère que le Tiger Fish, si abondant dans les plaines du Zambèze sera au rendez-vous.
Nous utiliserons des radios HF miniatures afin de communiquer entre les embarcations, lorsque nous seront trop éloignés, et enfin, ma balise satellite ; nous espérons tous ne pas avoir à nous en servir; elle devra elle aussi rester dans son boîtier de protection étanche. Nous nous rafraîchissons sans cesse, dans cette eau opaque, en opposant les canoës en barrage contre les éventuels crocodiles trop curieux.
C’est l'heure du départ.
De nombreux villageois sont venus progressivement, s'amasser devant la berge afin d'assister au départ des « mzungu ». C'est une foule immense qui nous fait de grands signes de la main alors que nous nous éloignons de Ifakara et du bac sur la rivière.
Cette fois nous sommes bien partis.

L’équipage du premier bateau, baptisé KII, est composé de Jean benoît dit "le cuisinier"(très grande utilité! le spécialiste de la nouille), et de Jean-Yves alias Pizza ou "le ménestrel" (celui dont l’utilité est de composer des chansons et de chanter, le tout en dessus de 25° sinon, il se met en veille!)
Le deuxième bateau, le KIII: Jean-pierre dit "le cuisinier chef", et Dominique le « stagiaire ».Sur le dernier bateau, le KI, Jean-Michel le bricoleur, accessoirement guitariste"et moi même. Seulement deux cent mètres après le départ, nous croisons une première famille d'hippopotames,

et nous passons au large prudemment.
L'hippopotame est l'animal qui cause le plus de mort en afrique.Il à un instinct territorial très poussé et lorsqu'il se sent menacé, il peut tuer. Sur terre, il est même capable de courir à plus de quarante kilomètres heures. Ce sera certainement la menace la plus importante de l’expédition.
Nous naviguons dans la plaine inondable, nous sommes en saison sèche et seul le chenal principal coule en ce moment, facilitant l’orientation en nous laissant dans le « droit chemin ».Durant la saison des pluies le fleuve s’étale sur plus de dix kilomètres. Cet endroit me rappelle la plaine inondable Bulozi, en pays lozi, le bas, en Zambie, lorsque nous explorions le Haut Zambèze en Zodiac. La bas le fleuve déborde quelquefois sur presque cent kilomètres de large, une véritable mer intérieure.
Les habitants, comme la bas, construisent leur village sur des îles, perchées, tel le village d'Astérix, autour d'un gros arbre, afin de se protéger des crues dévastatrices.
Ici les gens pêchent au filet. Ils ne peuvent attraper les carnassiers, par manque d'hameçons et de fil! Impossible à trouver ici. Ils se contentent des "petits poissons" qui viennent se prendre dans leurs filets et leurs nasses d’osier.

Enormément de bancs de sables blanc, et nous commençons a voir quelques crocodiles discrets, mais le paysage n'est pas très adapté à leur habitat de prédilection. Habituellement ils construisent leurs repaires dans la végétation dense au bord de la rivière, composée de roseaux et creusent leur caverne dans des galeries cachées des regards. Je suis à l'arrière du canoë, je dirige, et nous filons silencieusement sur le fleuve qui serpente. Nous avons faim, nous attachons ensembles les trois canoës et nous dérivons tranquillement en mangeant le premier repas: pain et un tube de pâté de foie...Le soleil tape fort, très fort. Malgré nos origines méditerranéennes, nous brûlons joyeusement! Quelques pécheurs nous saluent, ici il y a des habitants, malgré tout, en assez faible quantité. Le canoë est un moyen de transport fabuleux, car le même que ceux de nos amis tanzaniens, nous voyageons à la vitesse de l'afrique. KII a un problème, surtout Pizza qui a voulu a tout prix diriger l'embarcation. Il ne parvient pas a simplement aller en ligne droite et effectue des zigzag terribles, un coté dans les broussailles, et hop, de l'autre coté dans les roseaux. C'est plus problématique lorsqu'il se dirige droit devant dans les tas d'hippopotames. On s'attend au pire lorsqu'il y aura des rapides.

Le soleil de fin de journée, rasant est très fort. Il semble que les hippopotames sont de plus en plus actifs avant la tombée de la nuit. Nous en surprenons de plus en plus sur les berges, ils se jettent à l'eau avec violence à notre vue. Mais ils restent calmes et plutôt apeurés qu'agressifs, pourvu que ça dure! Nous longeons la rive de très près, à peine a quelques mètres, le bord de la rivière nous surplombe de plus de deux mètres marquant la hauteur de l’eau durant la saison des pluies: quelle erreur! Nous passons un virage et en sortie nous tombons nez a nez avec un gros male hippopotame d'au moins cinq cents kilos, a moins

de deux mètres de nous sur la berge. Il est effrayé, veut regagner la rivière, stoppe net, nous sommes dans sa trajectoire! Nous le voyons hésiter: "je plonge a droite ou je plonge a gauche?"Semble t-il penser.a gauche, mauvaise réponse, ca veut dire qu'il saute gaiement sur le canoe et qu'il nous explose tout! a droite, il choisit de regagner la rivière en nous fichant la paix.

Il choisit la bonne réponse. Dorénavant, nous éviterons de suivre les berges de trop près. Erreur qui aurait pu être fatale
Nous choisissons une plage merveilleuse pour camper, ce soir. Nous montons le camp rapidement. A proximité,à quelques centaines de mètres on entend les voix, des habitants d’un petit village, mais ici les gens sont discrets et respectueux, aucun ne viendra nous déranger.On estime l’étendu des dégâts : nous avons , en quelques heures brûlés comme des hamburgers : bras, jambes, et figures sont font souffrir. On va se couvrir, mais c’est un peu tard.

Nous trouvons une sorte de bras mort de la rivière ou ; sorte de baignoire salvatrice, nous resterons a plat ventre longtemps, loin des bestioles malfaisantes. Premier plat de nouilles, nous avons navigué une trentaine de kilomètres aujourd'hui, c'est peu, très peu. J’estime que nous atteindrons la sortie de la plaine inondable dans deux jours environ. Afin d’avoir un peu plus de place que dans nos tentes, nous fabriquons un espèce de tepee avec les voiles et les mats pour protéger le matériel cette nuit. L’espace disponible dans les tentes ne nous permet pas, de toutes façon de caser tout notre fourbi à l’abri des regards.

La nuit est noire, sans lune, la voie lactée est visible, d'ici, comme nulle part ailleurs dans le monde. Mais ce soir, au loin des éclairs lézardent la nuit, se rapprochent, bientôt le tonnerre s'entend de plus en plus fort.
Nous décidons de changer les tentes de place, si les pluies sont trop fortes, la rivière va déborder et tout emporter, nous avec....nous plantons les tentes quelques mètres plus haut. En pleine nuit, nous entendons l'orage arriver.
Pour celui qui n'a jamais été dans cette région du globe, un orage tropical a quelque chose d'inquiétant; la pluie tombe de manière torrentielle sans discontinuer,les tentes prennent l'eau de toute part. les éclairs et le tonnerre frappent la terre très, très prêt. Ça dure longtemps, je me demande si nous avons bien attaché les canotés, vu la puissance de l'orage. Il fait une chaleur étouffante, mais impossible d'ouvrir la tente.
La pluie s'arrête, j'ouvre la "porte" pour avoir un peu d'air frais: la guerre du moustique va commencer. Ils vont nous harceler tout le reste de la nuit ; et puis ici, moustique est synonyme de malaria.
Ce matin nous avons de la chance, le ciel est couvert et le soleil va nous épargner, nous sommes complètement brûlés, et la nuit dernière j'ai vraiment souffert de brûlures au bras et au visage. Nous nous confectionnons des gants étranges, on appellera ca les « chaussettes a bras »réalisés a base de chaussettes trouées pour laisser passer les doigts, c’est efficace!
Le temps de vider les canoës qui se sont remplis d’eau de pluie, de prendre un bon café et nous repartons. Nous croisons encore des autochtones en pirogues qui nou

s saluent en se demandant bien ou nous allons:
Extrait de dialogue (limité à cause de mon swahili approximatif.)
-"Wapi Safari?, Habari? (ou allez vous? comment ca va?)Demandent les gens,
-"Rufiji!" je leur répond en leur montrant du doigt la direction," Mzuri, Mzuri, assante" (tout va très bien, merci)
-chunga tembo, chunga tembo! (Faites gaffe aux éléphants!)
La variante sera avec des avertissement concernant : lions, hippos, crocodiles....etc, etc
Changement de continent, changement de paysage, changement de préoccupations.
Ici la rivière se divise en de nombreux bras, ou il est facile, si ce n'est de se perdre, tout au moins de naviguer plusieurs heures avant d'arriver au fond d'un lac dans un cul de sac. Heureusement les habitants nous renseignent facilement sur le chenal principal. Dans tous les cas, j'avais remarqué, vue d'avion, qu"il fallait serrer, relativement à gauche pour ne pas se perdre.Ca y est, deux crocodiles de plus, et les hippopotames sont de plus en plus nombreux. D'abord par groupe de trois, les groupes sont maintenant de plus de vingt ou trente a chaque fois! ca craint! Ils sont souvent hors de l'eau sur les berges et rejoignent violemment la rivière à notre approche.

C'est incroyable le nombre d'hippopotames que 'on peut observer ici, surtout hors de l'eau. D’habitude, car ils sont très craintifs, ils attendent la nuit pour sortir et aller paître dans l'herbe verte, quelquefois a plusieurs kilomètres de la rivière. Malheur, a celui qui se trouvera sur son chemin de retour!
Cela me rappelle une anecdote la première fois que je suis allé en Afrique, au milieu des années 80; dans le sud du Kenya. Je campais sur les rives d'une rivière, des hippopotames étaient la, qui semblaient paisibles, un couple, avait planté sa tente deux cent mètres plus loin, l'herbe était verte, un vrai pâturage. On m'avais prévenu, règle de base, ne jamais sortir la nuit. Cette règle, l'occupante de la tente d'a coté ne l'a pas respectée: sortie avec sa lampe électrique pour je ne sais quelle raison, elle tomba nez a nez avec un hippopotame qui, effrayé a pris le plus court chemin afin de regagner la rivière, c'est a dire tout droit, en écrasant la tente et ses occupants....
J'étais aux premières loges; ils s'en sont sortis avec cotes cassées et divers traumatismes...
Il y a tellement d'hippopotames ici, que c'est carrément un Slalom imposé. Lorsque nous accélérons pour en éviter un groupe, nous tombons en plein milieu d'un autre. Cette journée sera épuisante.Nous quittons la plaine inondable, la végétation devient plus dense sur les berges, et les arbres broyés sont le témoignage d'une concentration

d'éléphant assez importante. Comme toujours, ils sont difficile a apercevoir tant les arbres sont touffus. La lumière du soleil devient rasante, orangée, magnifique, il va être tant de s'arrêter, d'autant plus que les hippopotames rencontrés s'excitent de plus en plus. Une île au beau milieu de la rivière nous interpelle, son extrémité, en forme de presqu’île est plate, ouverte d'herbe verte, une véritable "rampe de lancement" pour